D’où naissent les histoires

 

 

Peinturlures d’Hervé Tullet, une vraie  caverne d’Ali Baba pour tous ceux qui aiment explorer de nouveaux chemins de création et qui cherchent des idées pour animer des ateliers artistiques.

J’ai testé une de ces propositions avec des enfants de 8-12 ans.

Des enfants, des pinceaux, des couleurs. Sur le papier, grand format, des obstacles en tout genre, des petits, des moyens, des grands, des tasses, des rouleaux de scotch, des balises, des bols, des assiettes. Chacun se place à un endroit autour du papier. Le pinceau est une voiture, un vélo ou un skateboard. L’enfant trace des chemins avec son pinceau en évitant les obstacles. Le plaisir de tracer sa route comme on l’entend, au gré des envies. Ah regarde, j’ai coupé la route de A.. Oh regarde, j’ai fait un pont. Eh moi, je fais une grosse route, c’est une autoroute, et moi une petite route qui va pas droit et qui serpente. Moi je tourne autour du rond-point et moi je roule droit devant.

Des routes apparaissent. On regarde. On enlève les obstacles. De la place pour continuer à dessiner la ville: des maisons, des arbres, des gens, des voitures. Les enfants du stage vivent à la campagne. Ils dessinent des maisons mais pas beaucoup, des gens, quelques uns seulement.

Et puis on s’assoit autour et puis on commence à raconter des histoires: à qui appartient cette maison? et qui habite là? A quoi ressemblent-ils? que font-ils?

Une ville est née et aussi mille et une histoires.

 

La poésie d’un bout de bois

C’est la semaine avant les congés de Carnaval. Une tournée des écoles maternelles de ma commune pour raconter des histoires sur l’heure de midi. Une occasion d’aller à la rencontre des plus petits.

Février, c’est le moment du retour de la lumière, c’est l’heure de sortie d’hibernation des ours qui dira si l’hiver est toujours là ou s’ il laisse la place au printemps. Je vais raconter un conte canadien « Le maître de lumière » trouvé dans 365 contes des pourquoi et comment de Muriel Bloch. C’est une histoire de forêt, d’animaux dans le froid et l’obscurité, d’un ours, maître du ciel qui garde la lumière et la chaleur pour lui tout seul, de la révolte des animaux, d’un écureuil, d’un renne et d’une souris qui grimpent jusque dans les nuages pour ramener la lumière sur Terre.

Chaque jour, un nouveau lieu et d’autres enfants, des plus petits des plus grands, des qui t’écoutent en souriant, des qui posent des questions tout le temps, des qui s’animent en riant, des qui chantent et bougent avec toi, des qui proposent des pandas, des qui t’écoutent en silence, des qui sont dans l’étonnement tout le temps.

L’étonnement, c’est ce qui précieux avec les touts-petits et qu’on perd parfois -pourquoi pourquoi- en grandissant. A la fin de l’histoire, les enfants viennent essayer les bois du renne, ils les mettent sur le front et jouent. Ils s’approchent de la lampe et jouent à faire l’ours qui cache la lumière. Certains s’en vont dans la cour en chantant la ritournelle de l’histoire Doum Didim Dam Glaglaglagla. L’histoire poursuit sa vie.

Le vendredi, j’ai oublié mon tabouret dans la salle de classe, je reviens à la sortie des classes pour le chercher. L’instit’ me dit que les enfants ont passé toute la récré à prendre des bouts de bois et à les mettre au front pour jouer au renne. Les autres adultes avaient regardé sans trop comprendre.

La poésie d’un bout de bois, qui devient bois de renne ou peut-être dans d’autres histoires canne, rame ou antenne.

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