D’où naissent les histoires

 

 

Peinturlures d’Hervé Tullet, une vraie  caverne d’Ali Baba pour tous ceux qui aiment explorer de nouveaux chemins de création et qui cherchent des idées pour animer des ateliers artistiques.

J’ai testé une de ces propositions avec des enfants de 8-12 ans.

Des enfants, des pinceaux, des couleurs. Sur le papier, grand format, des obstacles en tout genre, des petits, des moyens, des grands, des tasses, des rouleaux de scotch, des balises, des bols, des assiettes. Chacun se place à un endroit autour du papier. Le pinceau est une voiture, un vélo ou un skateboard. L’enfant trace des chemins avec son pinceau en évitant les obstacles. Le plaisir de tracer sa route comme on l’entend, au gré des envies. Ah regarde, j’ai coupé la route de A.. Oh regarde, j’ai fait un pont. Eh moi, je fais une grosse route, c’est une autoroute, et moi une petite route qui va pas droit et qui serpente. Moi je tourne autour du rond-point et moi je roule droit devant.

Des routes apparaissent. On regarde. On enlève les obstacles. De la place pour continuer à dessiner la ville: des maisons, des arbres, des gens, des voitures. Les enfants du stage vivent à la campagne. Ils dessinent des maisons mais pas beaucoup, des gens, quelques uns seulement.

Et puis on s’assoit autour et puis on commence à raconter des histoires: à qui appartient cette maison? et qui habite là? A quoi ressemblent-ils? que font-ils?

Une ville est née et aussi mille et une histoires.

 

Chanter, une aventure poétique

Une semaine au centre international Roy Hart dans les Cévennes pour un stage « entraînement vocal créatif ». J’aime chanter, j’adore les Cévennes et suis gourmande de nouvelles explorations, voilà pourquoi je suis là. Et maintenant, une grande envie de partager cette expérience.

Avec Marianne Le Tron et David Goldsworthy, enseignants Roy Hart, nous explorons nos voix et notamment les aigus à travers des vocalises. Pour aller de plus en haut, nous devenons tour à tour diablesse ou riche bourgeoise lançant de l’argent aux pauvres. Nous dépassons nos limites grâce à l’imaginaire. Une folie est là et nous emmène loin dans la voix. Nous expérimentons des personnages. Il faut sortir de soi car l’image de soi et de notre propre voix, nos représentations nous limitent. Explorer le territoire d’une voix libre et sans chaînes.

Il y a autre chose que la technique vocale, cela ne suffit pas. Chanter, c’est un chemin vers soi et vers le monde.

La présence du chanteur-poète-improvisateur basque Beñat Achiary nous ouvre une semaine riche en transmissions.

Il nous invite sans cesse par ces propositions à explorer le traditionnel, le vivant pour le faire vivre et le transformer: nous travaillons aussi bien à partir de « A la claire fontaine » ou de « Summertime ». Ne pas se laisser enfermer dans le passé et les interprétations. Il nous invite à explorer des airs et à les habiter par notre imaginaire, à les malaxer, les rêver, les manger et les donner.

Il nous parle d’où il vient et de ce qui l’habite: les rivières, les arbres, la pelote basque. Il nous invite à explorer d’où l’on vient, et à comprendre quels rythmes et quels paysages se sont inscrits en nous. Il nous invite à une culture incarnée « la cultura en la sangre ». Il nous invite à une aventure poétique et personnelle à travers le chant. Nous chantons « le chant de l’aigle » et nous devenons aigle en plein envol.

Chanter, c’est rendre présent, à la fois revivre comme si c’était la première fois et se rappeler. Il s’agit d’être visité par des images. Une narration. Les échos avec le conte sont très présents.

Nous parlons de matière sonore, le son est la matière qui sert à sculpter l’espace, il y a des entre et des perspectives. La musique est ce qui rend explicite le silence. Et nous, chanteurs, sommes amenés à ne plus regarder que les branches de l’arbre mais les branches et l’espace entre les branches.

Nous découvrons dans le chant non un temps horizontal mais un temps suspendu et vertical composé de plusieurs strates comme des couches archéologiques où se mélangent là d’où l’on vient, les émotions d’hier et de l’ici-maintenant, l’histoire du chant, l’écho du lieu etc.

Beaucoup à apprendre sur la voix et envie de continuer cette aventure.

Si cela vous donne envie de tenter l’aventure: il y a des stages dans les Cévennes toute l’année, c’est ici et des enseignants Roy Hart un peu partout dans le monde, pour les trouver, c’est .

 

 

Du miel et du ciel- retour d’atelier

 

Samedi matin. Il fait gris sur Bruxelles. L’appartement d’une amie accueille La Ruche, un atelier d’écriture poétique et collaborative. 6 participantes autour d’une table, de mots et de thé chaud.

Un tour de table pour s’apprivoiser, dire son prénom et faire un point météo: dire son état intérieur comme une image du ciel. Il y a de la brume, du brouillard, qui cachent des ciels bleus, une aube aux couleurs chaudes, un ciel agité, mais aucune de nous ne s’est laissé prendre par le ciel gris.

Comme les abeilles, explorer un territoire et y butiner. Récolter de la matière à transformer. Expérimenter. Devenir poète.

Lecture du premier texte. R. est émue. Larmes et mots. Une première fois comme une naissance à quelque chose, ses propres mots qui existent dans l’espace, qui s’inscrivent dans le monde, qui se partagent avec les autres. Elle expliquera  le complexe d’écrire, de faire des fautes d’orthographe, de ne pas utiliser les mots justes ou les bonnes structures de phrases. S’autoriser à écrire et y prendre du plaisir. De quoi se décomplexer d’écrire. Une aube pour R.

Être dans l’ici-maintenant. Il drache. On remplace la ballade urbaine par l’exploration de la bibliothèque. Des vocations naissent: C. veut devenir cambrioleuse pour découvrir les titres de livres dans les bibliothèques d’inconnus.

Le plaisir d’écrire seule et aussi à plusieurs voix. Cela invite à sortir de soi, cela nous emmène ailleurs. Là où ça se transforme, là où il y a l’étonnement.

La représentation que l’on se fait de l’écriture, de l’écrire-bien bouge. Notre imaginaire à travers nos représentations nous limite souvent. Pourtant la confrontation aux contraintes d’écriture et au groupe permet de redéfinir les frontières de soi dans l’écriture. Des trajectoires nouvelles s’expérimentent.

Et puis c’est déjà la fin. Quelque chose s’est installé. Une complicité. Des impressions de pas assez, des envies de encore. C’est vrai, la prochaine fois il faudra y penser, moi non plus, je n’ai pas envie d’arrêter.

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« Abeille: petit insecte qui fabrique du ciel » Pef